Quelle belle journée! Ce matin nous étions encore à Baton Rouge, chez Frances & famille et nous voilà à Brooksville, au milieu de nulle part.
La journée a commencé par un réveil en plein rêves à 7h, car l'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. Direction KBTR pour deux vols de tour de ville et de leur maison avec la Frances et sa famille à qui nous disons ensuite au revoir. Nous avons passé 3 jours incroyables, super bien accueillis. Merci aux Capps pour leur hospitalité.
Nous mettons le cap au Sud, le long des méandres du Mississippi à 1000ft. On survole les imposantes industries diverses qui bénéficient de cette fabuleuse voie de communication et de transport qu'est le fleuve, et donc aussi une source de refroidissement quasi inépuisable. Reste quand-même une sorte de malaise en voyant la taille et le nombre de ces usines et raffineries. Et c'est incroyable comment l'énergie est gaspillée partout: grosses voitures, beaucoup de maisons sont très modestes et anciennes donc mal isolées, la climatisation est omniprésente et très souvent extrême (souvent moins de 20°C à l'intérieur), portes des magasins ouvertes, etc. Espérons que le temps et des mesures gouvernementales feront changer ce pays de cap. Mais quel challenge!
Mais nous sommes aussi frappés de la beauté des paysages, des côtes, la multitude d'oiseaux, et du nombre de réserves naturelles qui sont définies à travers le pays. La nature est partout. On l'a bien vu au Bluebonnet swamp au milieu de la ville de Baton Rouge.
En route, un petit aéroport perdu le long de l'île "Dauphin" nous fait de l'oeil et nous interrompons notre progression vers l'Est pour un petit plouf. A la verticale du terrain, on repère déjà le chemin pédestre d'accès à la petite plage sous l'axe de la piste 30 et zou, 15 minutes après on se baigne dans une eau chaude de 30°C grâce au peu de fond qu'il y a ici. Un héron pêche dans l'étang d'à côté, 2 ospreys nous survolent et des pélicans au loin font des ploufs en s'écrasant dans l'eau à la recherche de poisson. On dévore le sandwich que Frances nous a préparé, il fait beau, et le soleil tape sur le sable blanc. Ca pourrait être pire :)
Retour à l'avion. Au roulage, par sms, on apprend l'élection de François Hollande qui ne provoque pas la joie de 2 des 3 occupants de l'avion. La terre continue de tourner et nous revoilà en route: survol de la côte toujours, car c'est là que se trouve la vie intéressante. En effet quelques km à l'intérieur des terres, et ce sont de grandes étendues de forêts, où la densité de population est faible. Le long des côtes, il y a du monde et des choses à voir, on croise parfois un remorqueur de banderole sur une plage, quelques parachutes ascensionnels. Notre petit auto-pilote nous permet de nous relaxer: de temps à autre on donne un ou deux degrés à gauche ou à droite pour suivre la côte, et l'avion se balance du bon côté vers son nouveau cap, tout en maintenant son altitude.
Après le survol de la base de militaire des Blue Angels de Pensacola et du fort Pikens visités quelques jours avant, nous prenons le cap sur Destin, Florida: notre prochain arrêt. Café, cookies, bouteilles d'eau, wifi. Tout est offert ici, c'est vraiment un grand service. Ah bon, le fuel n'est pas offert???
Le ciel noircit et comme un grand front froid de 400 ou 500 km de large descend des plaines du Mid-west sur nous, on décide de ne pas traîner et de continuer notre course vers l'Est. On continue le long de la plage, avec au loin des îles et des plateformes pétrolières, comme celle tristement célèbre de BP. Plus loin, un porte-avion se fait désosser dans un port. Les maisons de bord de mer sont nombreuses le long du Golf du Mexique, et les plus récentes doivent être dotées de pilotis, pour mieux résister au tempêtes.
On coupe le fromage comme on dit : pour raccourcir un peu, notre route passe une fois n'est pas coutume par la terre ferme, loin de la côte, au nord d'Appalachicola. Tout de suite, on se trouve dans l'enfer vert: des arbres partout, des chemins qui semblent mener nulle part, pas de route ou presque. Des rivières sillonnent cette étendue, en faisant des virages, parfois quasi des demi-tours. Dire qu'on a des montagnes de presque 5000m chez nous!!! Quel contraste.
Tiens, je viens de découvrir comment passer de la musique XM dans cet avion: il y a plus de 250 chaînes de musique de l'on peut capter. Ca swingue dans l'habitacle! Finalement, on se pose à Hernando Brooskville. Tout est fermé, plus personne sur l'aéroport. On hésite à rester, puis on se résout, car dans 30 min il fait nuit et on a assez volé aujourd'hui.
Le challenge: trouver où manger et dormir, sans moyen de locomotion, dans un pays où le hitch-hiking n'est pas le sport national.
Pas de succès auprès de l'agent de sécurité qui attend on ne sait qui ou quoi, mais il nous donne un précieux indice qui va changer le cours des choses: "il y a un K-shop au coin de la rue, 0.8 miles plus loin". On aurait bien aimé entendre simplement "Montez, je vous amène à un hôtel". You bet!

Bon, le hitch-hiking ne marche pas, comme prévu. Par contre, arrivés à la station avec le K-shop, après un peu de travail au corps, on finit par tomber sur Mitchell. C'est un flordien pur souche, "born here, grown here" (né ici, élevé ici) qui n'est jamais sorti de Floride et a rencontré une fois un Irlandais. Il accepte de nous emmener dans un hôtel proche, pour 20$. Bon plan pour tout le monde. Sa voiture ressemble à une voiture abandonnée: vitre fissurée, chaussures de femme par terre, une bouteille de sprite à l'arrière au milieu de miettes non-identifiées, une veste de femme sert de couvre banquette, un siège enfant (non-attaché) au milieu avec une chaussure orpheline. La benne arrière du pickup dans lequel on met les sacs contient ni plus ni moins l'équivalent d'un dépotoir.
Mais Mitchell, un agent du service de Pest Control du coin, est très sympa et rangé: il a posé les histoires de drogues et vit sa vie de repenti, dans le coin, avec sa femme et ses deux enfants. Il est ravi de pouvoir nous aider et nous aussi on est ravis de pouvoir avancer et ainsi voir nos chances de dormir sous toit augmenter. Quels rires, et quelle aventure. Il nous pose à l'hôtel et Tina, la réceptionniste qui confectionne des bracelets en perles nous aide à commander des pizzas que l'on dévore dans le lobby de l'hôtel glacé et désert. Quels rires et quelle aventure (bis!).
Les paupières sont lourdes, clear to bed!
A bientôt!
UncleSam